novembre 25, 2005

19-Empoisonnement d'un fleuve en Chine

Quatre millions de Chinois privés d’eau potable

MONDE - Catastrophe écologique Pékin/Eric Meyer

Publié le 24 novembre 2005

Les vannes sont coupées depuis dimanche à Harbin, l'une des plus grandes villes de Chine. Du benzène toxique a gravement pollué les eaux de la rivière Songhua, suite à l'explosion d'une usine de Petrochina. L'épisode est symptomatique du développement industriel à marche forcée. Et du mépris pour la vie humaine.

Une catastrophe écologique de taille frappe la population de Harbin, capitale du Nord-est chinois. Le 13 novembre, l'usine Petrochina n° 101 a explosé à Jilin. Suite à une fausse manœuvre dans la fermeture d'une valve, le circuit s'est semble-t-il échauffé, provoquant l'explosion de deux tours de craquage du pétrole. Dans les jours qui suivent, la direction nie toute pollution. La mairie de même.

Mais le fait est là: des centaines de tonnes de benzène se déversent dans la rivière Songhua, toute proche. Et coulent vers Harbin, 4 millions d'habitants, puis, quelques centaines de km plus au nord, vers la ville russe de Khabarovsk (600 000 âmes). Entre deux: des millions de pauvres gens.

Suite à l'accident, dès dimanche, l'approvisionnement en eau fut coupé dans toute la ville. Dès lors, la population a cédé à la panique, alimentée par une seconde faute, de communication celle-là (lire ci-dessous). Les magasins ont été dévalisés de leurs boissons, lait inclus, tandis que tous les trains, bus et avions étaient pris d'assaut, chacun cherchant à fuir.

Selon l'agence chinoise de l'environnement, le jour de l'explosion, la pollution au benzène dépassait de 100 fois les normes autorisées. Heureusement diluée par des affluents au long des 380 km du cours d'eau, la crête de pollution - qui est encore 29 fois trop importante - devait franchir la ville la nuit dernière à minuit. Dans cette attente, quinze hôpitaux, et tout le parc de voitures citernes de la région étaient en alerte, pour réhydrater ou arroser.

Aucune date où heure n'est donnée pour la réouverture de l'eau courante, car c'est une première nationale. Personne ne sait à quel stade l'eau peut de nouveau être traitée pour être bue...

Pour l'heure, aucun décès n'a encore été signalé. Mais pour la Chine, l'avertissement est sérieux. N'importe quelle ville du pays peut être victime, un de ces jours, d'une telle catastrophe. Ou «simplement» d'une défaillance de leur approvisionnement en eau.

En tout cas, Pétrochina, qui «pèse» 60% du pétrole chinois, a déjà eu un accident grave en décembre 2003 dans le Sichuan. En plein forage d'une poche de gaz, l'équipement fut chassé dans l'atmosphère par la pression, et le village voisin, surpris en plein sommeil, subit des pertes dépassant les 200 vies humaines.

Des incidents de cette gravité sont forcément symptomatiques. Le problème de Petrochina, c'est que cette firme énorme (500 000 emplois), ce véritable Etat dans l'Etat, doit se battre pour conquérir son marché, protégée pour peu d'années encore par l'ombrelle socialiste, avant de devoir le partager - OMC oblige - avec les multinationales. Dans ces conditions, tout centime consacré à la sécurité ou l'écologie, est un centime perdu en investissement dans des gisements étrangers ou en raffineries, en milliards d'euros.

Le dirigeant du groupe pétrochimique sera probablement limogé. Mais sur le fond, les intérêts économiques et stratégiques de l'Etat et de Petrochina convergent: l'indépendance face à l'étranger est sacrée. Et la vie humaine ne vaut pas très cher.
Affolés, des milliers d’habitants campent dans le froid glacial Ce lundi, Harbin s'est réveillée pour apprendre que l'eau serait coupée sous trente-six heures, afin de pouvoir effectuer des travaux «d'entretien des canalisations». La population refusa d'en croire un traître mot, et chacun se mit à imaginer une autre raison. Certains réussirent à se convaincre de l'imminence d'un énorme séisme, que l'Etat chercherait à leur cacher... Par milliers ou plus encore, des habitants ont monté tentes ou abris de fortune dans les parcs et dans les rues, où ils passent des nuits glaciales (à zéro degrés)!

Les marchands de seaux ont fait fortune, ainsi que ceux d'eau bouchée, vendue cinq fois le prix. Dans la rue, les commentaires évoquaient très crûment la méfiance envers l'Etat. Il faut dire que quatre ans plus tôt, un vice-maire de Harbin avait été exécuté pour violence mafieuse, tandis qu'un maire était condamné à la perpétuité.

Nommée par Pékin, une autre mairie a fait des progrès en légalité, mais non en compétence, et moins encore en confiance de la base. La mairie et la communauté scientifique eurent fort à faire pour les convaincre, après deux nuits terribles, de rentrer chez eux, en toute sécurité: cette population exprimant une incrédulité de gens constamment manipulés par des services de propagande toujours tout-puissants, sur une presse muselée.

Jamais la Chine, même durant la crise du SRAS, n'aura touché de si près cette leçon: pour une bonne partie, ses problèmes viennent de l'ignorance dans laquelle est maintenue la population... et de sa méfiance exacerbée vis-à-vis de ses leaders!


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Reprise d'un article sur le site suivant: http://www.tdg.ch/tghome/toute_l_info_test/enjeux/chinois__24_11_.html

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